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Edito
Par Edouard Lin - Mis en ligne le 28.04.2015 22:45

Morale ou information?


David Pujadas, le présentateur vedette du JT de France 2, interviewant un président de la République en fonction, il n’y a là rien d’anormal. Sauf quand le président en question est considéré, en Occident, comme un superméchant. C’est ainsi que la diffusion de l’interview de Bachar el-Assad, le président syrien, le lundi 20 avril, a suscité la polémique. En donnant la parole au «boucher de Damas», le journaliste ne lui offrait-il pas une vitrine à une heure de forte audience? Pourquoi n’a-t-il pas fait avouer au monstre qu’il était… un monstre?

Aujourd’hui, visiblement, qu’un journaliste ne soit qu’un journaliste déplaît à certains. Ils auraient voulu que Pujadas se fasse procureur, juge, curé confessant un pécheur. Pourquoi? Peut-être parce qu’à la télévision – dans les autres médias aussi – l’information est de plus en plus spectacularisée, pour qu’elle suscite l’émotion plutôt que la raison. L’important n’est pas que le téléspectateur comprenne, se fasse son opinion. Il doit ressentir, s’offusquer, s’indigner ou s’enthousiasmer. Et, pour ça, il faut lui présenter un monde manichéen: d’un côté les gentils, de l’autre les méchants. Et ce qu’on demande aux journalistes, c’est de désigner les uns et les autres, pour qu’on puisse les aimer ou les détester, confortablement assis sur notre canapé. Ce n’est pas ce qu’a fait Pujadas. Il nous a proposé de voir et d’écouter, de nous faire notre propre opinion plutôt que de suivre aveuglément la sienne. Ce serait une faute?