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Edito
Par Edouard Lin - Mis en ligne le 10.05.2017 05:00

La force tranquille


A l’annonce de la mort de Victor Lanoux, décédé le 4 mai à l’âge de 80 ans, les nombreux hommages ont rapidement dressé deux camps: ceux qui pleurent Louis la Brocante, le héros de la série, et ceux qui se souviennent de Bouly, le truculent personnage des comédies d’Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis. La télévision contre le cinéma, un vieux débat qui, lui, n’est pas près de mourir.

Nous ne faisons pas de distinction entre les deux. Victor Lanoux a eu deux carrières et il a su toucher le public aussi bien en incarnant la brute épaisse que la force tranquille. D’abord abonné aux rôles de sales types (Dupont Lajoie), la profonde humanité qui émanait de sa carrure d’ancien parachutiste (il «a fait l’Algérie», comme on disait à l’époque) a percé peu à peu. Il a d’abord excellé dans le lâche, puis incarné le mâle des années 70 empêtré dans ses contradictions. Il est ainsi devenu progressivement sympathique, comme dans La carapate, que la RTS a rediffusée en hommage, le soir même de sa mort.

Comme souvent, la grande gueule était un être pudique, le gros dur un homme sensible. Victor Lanoux était né Victor Robert Nataf, père juif tunisien, mère normande. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est caché dans la Creuse, sous le nom de Lanoux. Devenu célèbre, il reviendra souvent dans son petit village, donnera chaque année une fête populaire, achètera une ferme et tentera même de devenir maire. C’est ce Victor Lanoux là qui apparaît dans Louis la Brocante. Durant treize saisons et quarante-quatre épisodes, ce personnage taillé à sa mesure va battre des records d’audience. Les critiques jugent la réalisation paresseuse et l’acteur tombé dans la routine, mais Victor Lanoux trouve le ton juste. Celui d’une certaine France qui s’aime, qui se parle, qui s’entraide. Elle nous manque déjà.