bottom logo

DR


Edito
Par Edouard Lin - Mis en ligne le 12.10.2016 06:00

L’air de rien


La mort de Pierre Tchernia, samedi 8 octobre, à l’âge de 88 ans, survient alors que Laurent Ruquier redonne vie sur France 2 à l’une des émissions cultes de Monsieur Cinéma: Mardi cinéma. La nostalgie de la télé d’avant, qui rassemble au lieu de diviser, nous étreint au moment d’honorer la mémoire d’un homme unanimement salué pour son humanité, sa bienveillance et sa modestie. «Il nous a appris la passion du cinéma, l’humour bienfaisant, la connaissance pas pédante, le respect souriant et l’amitié», a tweeté l’ancien patron de Canal+ Pierre Lescure. L’ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob souligne qu’il «a rendu le grand public cinéphile sans qu’il s’en aperçoive».

Pierre Tchernia, né Tcherniakowski en 1928 d’un père russe, était l’un des derniers pionniers de la télévision. Du premier JT en 1949 à Cinq colonnes à la une, et aux Enfants de la télé, où il apparaissait en faire-valoir d’Arthur, il a présenté toutes sortes d’émissions, s’efforçant toujours de mettre en valeur plutôt que de se mettre en évidence. Sa culture cinématographique était aussi grande que sa taille (2 mètres). Il savait se mettre à hauteur d’enfant pour présenter à ses «chers petits amis» des extraits du dernier Walt Disney. Evidemment, tout cela n’a plus de sens aujourd’hui, où le moindre extrait de film est disponible à l’envi sur l’internet mais, à l’époque, ces petits moments de bonheur étaient rares et appréciés.

Des films, Pierre Tchernia en avait également joué et réalisé. Ses longs métrages, et notamment Le viager, sont à son image: populaires mais de qualité, anodins en apparence mais subtils, malins, poétiques et irrévérencieux. C’est sans doute ce qui manque le plus à la télévision d’aujourd’hui: des gens qui n’ont l’air de rien, qui semblent entrés là par hasard, mais qui marquent durablement une génération.