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Edito
Par Edouard Lin - Mis en ligne le 17.05.2017 05:00

Jouer à se faire peur


Koh-Lanta, The Island, A l’état sauvage… Le petit écran adore les candidats à bout de forces. Et le public aussi! Certains ingrédients expliquent cet engouement et les chaînes n’ont pas fini d’exploiter ce filon. C’est avec enthousiasme, confortablement installé dans notre salon, que l’on regarde les émissions de survie.

Comment les chaînes ont-elles réussi à rendre télégéniques l’effort et la souffrance? D’abord, en répondant à une question que chacun se pose: «Si j’étais seul sur une île, que ferais-je?» Ces émissions conduisent souvent à une identification par procuration. Y compris A l’état sauvage: «Le côté médiatique des célébrités n’a pas d’importance, ironise l’explorateur établi à Pully (VD) Mike Horn. Il suffit que je marche un peu plus vite pour qu’elles deviennent Monsieur ou Madame Tout-le-Monde.»

Ces formats s’appuient aussi sur un mythe fort, celui de Robinson Crusoé, personnage inventé et qui vécut vingt-huit ans sur une île déserte. L’île, la mer, le bleu du ciel et la nature nourricière font partie d’un éden ancré dans l’inconscient collectif. Ajoutez-y des silhouettes de personnes plutôt jeunes et vous obtenez tous les codes pour déclencher l’envie. C’est ce même phénomène qui fait préférer aux téléspectateurs les corps amaigris et bronzés en fin de saison à ceux dodus et blancs du début. Pour autant, comment nous, téléspectateurs, pouvons-nous nous accoutumer à la souffrance des candidats? Peut-être juste pour savoir ce qu’ils vont faire pour s’en sortir?

Dans ces scénarios balisés par des repères très concrets de survie comme le feu, le radeau, la pêche, pourquoi le téléspectateur n’est-il pas bouleversé quand un candidat, le visage émacié, crie «J’ai faim!»? «Parce que ces émissions véhiculent l’idée de dépassement de soi. D’emblée, on reconnaît aux participants leur courage», estime Mike Horn. Nous voilà dans des valeurs morales positives très fortes qui élèvent les participants en athlètes et non en victimes. Le public n’est pas dupe: il sait que ce n’est que de la télé. Tout le piment des émissions de survie est là: en choisissant de les regarder, le téléspectateur sait qu’il va jouer à se faire peur.